Denez Prigent, timonier d’un souffle poétique enraciné et universel

Denez Prigent est une figure de proue charismatique et incontournable des chants bretons a cappella. En trente ans de carrière, il a su rassembler les générations et les publics au fil de ses albums, de ses prestations scéniques et de ses formations musicales. Auteur, compositeur, interprète, en breton et en français, sa signature est née d’une passion pour la gwerz et le kan ha diskan, de sa tessiture vocale exceptionnelle et de l’art de créer des rencontres musicales inattendues. Avec son onzième album, Sur an Avel – Le Gouvernail du vent, Denez continue de renouveler la musique bretonne, conjuguant avec puissance et émotion, le chant traditionnel breton, avec la modernité d’un métissage international. Porté par ce “vent contraire”, ce nouvel opus impose indubitablement Denez Prigent comme le timonier d’une poésie vibrante, intemporelle et universelle.

Si Denez Prigent vit et crée depuis quelques années à Lanvellec, dans un vieux manoir restauré ayant appartenu à la famille seigneuriale de Rosanbo, le p’tit gars de Santec n’a rien oublié de son enfance dans le village de sa grand-mère et de son adolescence passée dans le Léon, en Finistère Nord. “Là-bas, tout le monde parlait breton. J’ai toujours eu l’accent avant même de maîtriser la langue. J’ai eu la chance de connaître cet ancien monde. Je n’écoutais pas la radio et le rock ne m’intéressait pas plus que ça.” Et puis à 13 ans, il entend pour la première fois sa grand-mère chanter une gwerz, ce chant à pleurer séculaire, qui fait le récit d’un drame intime, historique ou légendaire, dans une fonction presque thérapeutique, pour qu’à la fin de cette longue mélopée, la tristesse se tarisse. Sa fascination pour ce chant nu ne se dément pas au fil du temps, jusqu’au jour où sa grand-mère lui remet un manuscrit écrit à l’encre violette, hérité de son grand-père et sur lequel était retranscrite phonétiquement une cinquantaine de gwerz, dont l’une racontait le naufrage d’un navire au large de Morlaix. Il est totalement bouleversé par ce chant et la puissance poétique qui s’en dégage. Alors enseignant de breton à Carhaix, Denez Prigent transmet ce chant à Donatien Laurent, ethnologue et linguiste spécialiste du breton, qui en retour lui révèle Le Barzaz-Breizh de Hersart de la Villemarqué, le recueil de ce noble quimperlois du xixe siècle constitué des chants traditionnels collectés dans le Trégor, le Léon, la Cornouaille et le pays vannetais. Denez Prigent est sidéré. “Quand j’ai découvert ces textes écrits, j’ai eu un tsunami émotionnel. Toutes les cellules de mon corps se sont allumées. Ce sentiment ne m’a plus jamais quitté. La gwerz est un art très codifié. C’est une façon unique d’écrire qui met beaucoup de force émotionnelle dans peu de mots sous forme de tercets et de rimes, pour que l’on puisse la mémoriser facilement. Elle est constituée en vers de 8 pieds, alors que Shakespeare écrivait en 9 et Victor Hugo en 10. C’est pour dire qu’avec la gwerz, en Bretagne, on est dans les hautes sphères de la poésie !” (...)


Article à découvrir dans ArMen N°242



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