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L'Émerveillement, Aurélie Valognes — une prouesse épicène et une ode à l'attachement

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

J'ai fini d'audiolire L'Émerveillement. Ou plus simplement d'écouter Aurélie Valognes me raconter une belle et profonde histoire qui sonne comme un long poème d'humanité aux terriens et merriens de cette planète. Ce roman-là, je ne l'ai pas lu — je l'ai reçu. Et la nuance est importante.

Il y a des livres que l'on dévore des yeux, et d'autres qui s'insinuent par l'oreille avec une douceur particulière. L'Émerveillement fait partie de ceux-là. La voix qui porte le texte dans la version audio ne fait qu'amplifier ce que la plume d'Aurélie Valognes a installé : un rythme de confidence, de présence, d'adresse directe au lecteur — ou à l'auditrice, en l'occurrence.

La contrainte comme matière première

Aurélie Valognes s'impose depuis ses premiers romans une contrainte d'écriture différente à chaque titre. Dans L'Émerveillement, c'est l'écriture épicène qui structure tout le texte : elle a dû trouver, pour chaque verbe, chaque adjectif, chaque formulation, la précision de sa pensée — sans jamais laisser passer une marque genrée.

Une vraie gageure qu'Aurélie souligne à peine, tant elle semble avoir joué du crayon avec facilité sur ce terrain pourtant semé d'embûches. L'exercice est vertigineux quand on y réfléchit. Il aurait pu produire une prose torturée, cherchant perpétuellement ses mots. C'est l'inverse : le texte coule avec une fluidité déconcertante, comme si la contrainte avait libéré quelque chose plutôt que de l'entraver. C'est la marque des grandes plumes — transformer l'obstacle en ressort.

Camille, Ambre, et l'art des dialogues entre parent et enfant

Le roman est le récit de Camille — parent à la première personne — et de sa relation à Ambre, cette fille tant espérée qui lui remplit le cœur et la tête. Une relation authentique, respectueuse, franche et même politique dans le sens noble du terme. Tellement touchante quand elle est brinquebalée dans la longue traversée des eaux agitées de l'attachement.

Les dialogues entre le parent et sa fille petite sont de vraies pépites de fulgurances. Comme seuls les enfants savent nous en servir, en usant de quelques formules naïves pour nous démontrer que le monde n'est finalement pas plus complexe que la métamorphose d'une chenille en papillon. Il y a dans ces échanges une vérité enfantine qui désarme toute la complexité que nous, adultes, fabriquons pour nous protéger.

Puis le temps passe. Les dialogues ne racontent plus le même rapport au monde, à soi, à elles. Quand sonne la conque de l'envol d'Ambre — j'ai eu une petite pensée pour Lili d'un précédent roman qui m'avait marquée — leurs mots résonnent si justement sur la découverte du monde, son bruit puis son silence, et l'acceptation de l'absence.

La politique au sens noble du terme

Ce qui frappe dans L'Émerveillement, c'est la dimension politique du quotidien qu'Aurélie Valognes tisse avec une économie de moyens remarquable. Les conversations de Camille avec Ambre sur la citoyenneté, le militantisme, le "maisquestcequevadevenirlemonde" avec les adolescents — ces échanges qui semblent parfois vains, circulaires, épuisants — deviennent sous sa plume de saines AMBrouilles.

On y retrouve ce que peu de romans familiaux osent nommer : l'épuisement d'élever un enfant qui pense, qui questionne, qui résiste. Et la fierté secrète que cet épuisement procure. Aurélie Valognes ne moralise jamais — elle observe, elle restitue, elle laisse le lecteur décider de ce qu'il emporte.

Les bonus de l'autrice

Fidèle à ses habitudes, Aurélie Valognes nous gâte avec de très beaux poèmes inédits glissés entre les chapitres, ainsi que de nombreuses références littéraires, féministes, écologistes ou philosophiques. Des cailloux blancs semés pour les lectrices et lecteurs qui aiment dériver vers d'autres textes, d'autres voix, d'autres territoires de pensée.

Pour qui ce roman ?

Pour celles et ceux qui élèvent des enfants qui posent trop de questions. Pour celles et ceux qui ont peur de mal répondre. Pour les parents qui doutent de la valeur de leurs mots face aux enjeux du monde. Pour tous les lecteurs qui aiment une écriture qui prend des risques formels sans jamais se prendre au sérieux.

Et pour ceux qui écoutent des livres dans la voiture, dans le train, dans les moments suspendus de la journée — parce que L'Émerveillement se prête particulièrement bien à cette forme d'intimité que l'audiolecture installe entre la voix et l'oreille.

En bref

L'Émerveillement est un roman qui fait du bien, pas parce qu'il rassure, mais parce qu'il nomme. Ce que vous vivez en famille, dans ces conversations parfois épuisantes et toujours précieuses, a une valeur littéraire. Aurélie Valognes vient de le prouver — et avec une maestria formelle qui force le respect.

Publié aux éditions JC Lattès. Disponible en version audio chez Audiolib.

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