* La Route de nuit avec Bilou *

ROUTE DU RHUM 2022


Intermède avant le dénouement : Bilou champion du cogito-sailing
> CÉCILE
23 novembre 2022 - Quimperlé - Finistère - 00h49 - Depuis ma couette

Wahou Bilou

T’es vraiment un chef ! Je me suis régalée en lisant ton dernier message. De l’humour, de l’esprit et une analyse de la situation extrêmement clairvoyante ! Bravissimo !

Finalement avec ce carnet de bord épistolaire, on a un peu tenté un revival de "La Tête et les jambes", cette émission du temps de la TV hertzienne, où tu devais répondre correctement à des questions érudites, sinon t’étais bon pour courir un 400m en moins d’une minute sous les yeux de 4 millions de spectateurs qui n'avaient pas le choix des chaines.


Mais avec mon jeu à moi, c’est le gros lot direct, le bourre-pif en pleine paix. Non seulement tu as du répondre à mes amorces de cogitations ou mes questions capillotractées, mais avec les épreuves sportives commises d’offices, en doublon avec une météo en mode aléatoire et des outils de communication aussi rapides qu’une connexion par minitel pour le 3615 code alaingillotpetre.


En vérité, comme je l’ai écrit ce matin en partageant ta brillante copie sur les réseaux, nous avons peut-être posé là les règles d’un nouveau jeu (qui pourrait bien appâter plus de chalandes justement), une sorte de cogito-sailing : une compétition de course au large ponctuée de réflexions philosophiques imposées.

Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? Qui suis-je ? Dans quel état j’erre ? Le spi ou la grand-voile ( Renaud ou Fatima ) ? Captes-tu la 5G ? Y a quoi pour dîner ? ATTENTION ! Vous avez une heure !


Ça m’a rappelé le Chessboxing, inventé par Enki BILAL, dans un des ses albums BD. Tu sais ce sport mêlant la boxe et les échecs dans une même partie de onze rounds, qui est finalement devenu une véritable pratique avec même une fédération ! Qui sait si tu ne viens pas de marquer la naissance d’une nouvelle discipline. Socrate va te rhabiller, Platon a traversé la route et vient de trouver un nouveau job durable chez Bilou.


Bon je ne sais pas si tu liras ce dernier message alors que tu descends tout schuss vers ton destin. En tout cas merci, d’avoir joué le jeu tout en menant ta course au top tout du long ! Avec ou sans podium, pour beaucoup La Route tu l’as gagnée.


Go, go, go Bilou

Je t’embrasse.

A très bientôt à Concarneau

Cécile

 


Épisode 5 : Bilou, où sont les femmmmeuh ? > CÉCILE
20 novembre 2022 - Quimperlé - Finistère - 10h33 - Teatime

Hello Monsieur Jourdain !

Un grand merci pour ton dernier message dont la prose a remporté tous les suffrages. Ca y est, on peut le dire, tu es officiellement une femme maintenant, enfin non, enfin pas littéralement bien-sûr, mais tu viens de prouver ta faculté multitâche avec brio !


Alors oui, sortons des clichés sexistes qui visent à supprimer l’option Shiva chez la gent masculine, car nous l’avons bien compris tout cela est davantage culturel que naturel.

Vous - hommes sweet hommes - êtes capables de cumuler les tâches et les missions, aussi bien sur un bateau au milieu de l’océan que lorsque Madame est à Dijon ! Et vice-versa bien entendu !

Maintenant que tu as tous ces bras, que tu jouis pleinement de tes capacités convoquées depuis l’hémisphère gauche, le droit, du Nord comme au Sud, que tu ne viens ni de Vénus ni de Mars mais de Saint-Malo, que ta vitesse est entre 10 et 11 noeuds, et que tu dois passer de l’Océan Atlantique à la mer des Caraïbes en n’oubliant pas de saluer la Tête à l’Anglais, peux-tu, non pas me donner l’âge du Capitaine, ni de sa femme, mais me commenter ce rapport : 7 sur 138 ? À ton avis, c’est quoi le problème ? C’est quoi qui bloque ? Pourquoi encore aussi peu de femmes en compétition sur ces grandes courses au large ?

Pourtant la voile, comme l’équitation ( ah si et le "goaltimate", un mélange d’ultimate et de quidditch qui se joue uniquement aux USA depuis l’ère post Harry Potter), est le seul sport où tout le monde joue dans la même catégorie. Un universalisme qui cette année s’est même fait un peu plus remarquer encore, avec la présence de plusieurs skippers en situation de handicap dont Fabrice Payen ou Damien Seguin. Mais il a fallu des pionniers pugnaces pour y arriver !


Bon alors, c’est comme pour tout le reste, nous frères humains (wesh frères, oubliez pas les soeurs aussi !) nous avons encore beaucoup à faire et à apprendre pour montrer que ce sont nos différences qui font toute notre humanité. Peut-être que le monde du sponsoring doit encore évoluer car pour avoir son bateau, il faut convaincre des partenaires et leur démontrer qu’il faut toujours un premier, un pionnier, un aventurier pour ne pas rater le carrefour du changement ;-).

Ça t’inspire ça… je crois…


Bon dimanche Bilou. Moi je surfe sur mon canapé entre mon clavier et mon roman du jour Le commerce des allongés d’Alain Mabanckou.

Bonne mer, bon vent, Bisous


Cécile

PS : AHAH tu as cru que cette fois tu échappais à une citation ?! Presque… Je te citerai juste cette jolie variante que pourrait prendre un jour notre devise française : « Liberté, Égalité, Adelphité » … un seul mot pour désigner la conjugaison des notions de fraternité et de sororité… En un mot la solidarité sans genre appliqué…


 

> BILOU

WE EXPLORE - 22 novembre 2022 - 04h33 (heure bretonne) - 3e au classement virtuel Rhum Multi

Coucou Mame Peltier !

Je suis tiraillé. Il y a dix minutes encore, en terrasse à discuter avec les vagues, les voiles et mon pilote, je me disais que non, ça ne va pas encore être possible de répondre à ma correspondante terrestre, vu les conditions.

- Et hop me revoilà 01h00 après ma 1ère phrase -

Et puis non ! Je n'arrive pas non plus à abandonner notre partie !

Mais il faut que je t'explique le contexte.

On est donc dans cette zone d'alizés considérée par tout le monde comme l'endroit le plus cool du monde où des marins glissouillent sur une mer turquoise avec le seul risque de prendre un coup de soleil.

Eh ben c'est pas toujours le cas !

Et justement, en ce moment, les alizés sont toniques et instables. Nuages, changement de vent constant et une mer que tu tiens pas debout dans le navire.

De la glissouille mais aussi de la tapouille et de la gitouille, because les vagues ne sont pas plates.

Alors avec mon beau camion en lin, on est un peu à la peine pour le faire avancouiller sans rien cassouiller.


Ça passe par beaucoup de discussions et réflexions avec toute l'équipe. Albert le pilote automatique, Roger le Gennaker, Fatima ma grand voile, etc…

Bon bref soyons honnêtes, ça me prend un temps complet d'essayer de comprendre We Explore et son environnement. Je pourrais prendre un ris, ralentir et dire : « Cécile me voilà ! ». Ben j'peux pas !!!

Mais quand même, me voilà un peu et j'en suis le premier content.


Alors 7/138 !

On est d'accord, le constat est accablant et troublant !

( J’apprends tous les jours un truc avec toi : le « goaltimate », tiens tiens, j'irai voir ça).

Le fait existe dans la filière professionnelle puisque il y a maintenant plusieurs sélections féminines dans la filière du Figaro, et la prochaine transat en double (ex Ag2r) se court en mix, mais j'ai entendu dire que c'était compliqué de trouver les quotas.


Il y a donc des tentatives pour attirer le chaland, ou plutôt la chalande - mais je sais pas si le mot existe - mais on ne remplit pas le Zénith. Et je suis étonné que parmi les nombreux amateurs du Rhum, il n'y ait justement pas davantage de nombreuses. Le milieu n'est pas macho. Donc ça n'explique rien.


- Et hop me revoilà après session en terrasse. Le vent a forci.

Carte postale : nuit noire sans lune avec étoiles. Bateau qui part au surf brillamment contrôlé par le pilote. Quand tu alignes vague après vague le petit "ouf" de soulagement en fin de surf dans l obscurité tes petites réserves d'adrénaline s'épuisent assez vite ! Avant de te revenir, j'ai assuré avec 30 min de sieste ! -


Donc "Où sont les feeeemmeuhhs ? comme chantait l’autre…

Sans doute que, comme dans bien d'autres secteurs, elles font face à des légères contraintes. "Non c’est pas papa qui peut garder les juniors pendant la croisière de maman", mais comme on dit, quand on veut, on peut.

Alors le truc est là : est ce qu'elles veulent ?

Si on trouve une proportion moins forte de skippeures ou skippeuses aujourd'hui, c’est peut être que l'évolution de la course au large leur plaît moins ? Est-ce que le récit du "ça tape, ça fait mal, c’est la guerre ici" couplé à l'image du pilote 2.0 sorti de la Nasa, embarque encore ?

Est-ce le filtre d'Explore qui ne rend pas ma vision objective ? Mais j'ai l'impression de voir plus de femmes aller en mer, mais pas pour la compétition. Pour découvrir, explorer, partager.

Ce 7/138, c'est un signe à méditer tu as raison, peut-être le symptôme d'une fissure dans l'image sociétale dans l'avenir de la course au large.


Cette fois, je dois te laisser on me rappelle en terrasse.

On est en service continu et y a plein de RTT en ce moment je dois tout me coltiner.

Des bises !

Bilou

PS : J'ai fait connaissance avec Mouchot. Top !

{NDLR} : Avant de partir de Saint-Malo, j’ai offert à Bilou le roman L’inventeur de Miguel Bonnefoy sur Auguste Mouchot, l’homme qui inventa la première machine à énergie solaire.

 
Épisode 4 : Ahhh la prose de Monsieur Jourdain ! > CÉCILE
17 novembre 2022 - Quimperlé - Finistère - 21h48 - Sur mon canapé sous la lumière chaleureuse d'un feu de cheminée

Saluuuut Bilou !

Trop contente de découvrir ton message ce matin dès potron-minet ! J’ai commencé ma journée avec le sourire en t’imaginant surfer sur tes alizés, visage au vent, fouetté par les embruns, un sourcil levé au dessus de l'oeil gauche rivé sur son cap et l’autre légèrement replié pour mieux viser.

Ouais ! Parce-que c'est comme ça qu'on aime imaginer le skipper aguerri, droit dans ses bottes et raide dans son ciré, qui tient bon la vague et tient bon le vent ... Hissez haut !! Ok je m'emballe.


De toute façon... Cette fois tu n'es pas loin d'enfiler ta tenue de plage…

Alors dis-moi, dans ta course folle, saurais-tu évaluer avec toute ta technologie embarquée et la stabilité de tes données satellite… enfin sinon à vue de nez et au doigt mouillé... le temps qu’il te reste à faire sur la Route ?

Sais-tu d’ailleurs que lorsque tu arriveras à bon port pointois, tu rejoindras les 8 millards de Terriens que nous sommes désormais officiellement sur cette bonne vieille planète en début d’asphyxie ?

Toi qui a touché encore une fois à la sobriété du huis-clos solitaire, au confinement volontaire, es-tu prêt à porter ton message plus que jamais à tout ce petit monde ?

Car sans vouloir faire ma Fabrice Luchini de service en dégainant une nouvelle citation, sache quand même que Pierre Desproges disait « J’ai l'impression que quand les individus se multiplient, les intelligences se divisent ». Bon ok, son cynisme était légendaire et faisait tout son charme. Mais alors toi ? Tu y crois à cette fameuse intelligence collective capable d’agir et de faire bouger les lignes ?

Là, sur ton champ de lin, ne serais-tu pas en train de tracer un nouveau sillon… Et si ta façon aujourd’hui de faire la Route pouvait devenir l'épure d’un chemin inédit à dessiner ensemble... une fois la terre regagnée…. Ça laisse rêveur et j'espère,porteur autant que le vent que je te souhaite cette nuit.


À très vite. Prenez soin de vous toi et ton beau batôoooo

Bises

Cécile

 

> BILOU

WE EXPLORE - 19 novembre 2022 - 03h29 (heure bretonne) - 2e au classement virtuel Rhum Multi

Goooodddd Moooorning Quimperléééééé !


Alors commençons par la carte postale avec la vraie image du gars sur l'eau. Tout pareil que celui qui est en solo quelques jours à l’appart' puisque sa femme est partie voir sa cousine Hortense à Dijon pour les vacances. Pourquoi donc se changer, se laver et perdre un temps fou à toutes ces futilités, qui en plus consomment les ressources en eau de la planète ? On est donc sur la tenue vestimentaire "durable", c’est-à-dire la même depuis le début : costume / bleu de travail / pyjama - en modèle unique de la maison Cotten depuis 1964 (l'année de ma naissance en plus) sur une fine couche de mérinos haut et bas qui, non seulement te régule à merveille, mais en plus fait par miracle disparaître les odeurs, surtout les tiennes quand tu es tout seul.

Ah ! Merveilleux animal que ce mérinos que, peut-être, j'en adopterai un.

Et pour finir sur le sujet, la tenue de plage devrait arriver demain. Nous ne sommes pas encore sous les chaleurs alizéennes, mais dans cette transition entre notre automne et leur toujours été.

Techniquement, il s'agit de trouver un chemin pour passer sous l'anticyclone des Açores. Et c'est parfois un peu compliqué… comme toutes les théories quand on les pratique.

Vent instable en force et en direction.

Donc changement de voiles et réglages.

Donc transpiration et retour au mérinos.

Mais cela ne m'a pas empêché de trouver des occasions pour dormir comme un bébé, pour ne pas dire comater, ces temps derniers. Un scandale tellement c'était bon.


Les augures ont parlé et semblent nous faire arriver WE EXPLORE et moi, dans la nuit du 23 matinée du 24. Si longtemps après les Ultims et pourtant déjà ! C'est bien court pour amortir tout le temps passé à imaginer, créer et préparer en amont ! Quinze jours pour apprécier l'instant c'est si peu ! Et comme tu le rappelles, j'arrive à Pointe-à-Pitre pour fêter le dépassement des 8 milliards d'êtres humains sur notre vaisseau merrien. Bel équipage. Ou pas terrible suivant comment on se place. J'ai adoré ta "desprogite"que je ne connaissais pas ! Certains nous manquent plus que d’autres...


Des équipiers, on n'en manque donc pas. Ce dont on a besoin, ce sont des capitaines et la fiche de recrutement est mal fichue à Pôle emploi ! : «Bonjour. Je voudrais recruter un cadre spécialisé en intelligence collective avec 10 ans d’expérience. Et donnez moi les contacts des meilleurs consultants en management à impact positif s'il-vous-plaît » .

Des powerpoints, des courbes et des stats. On en a plus qu'il n'en faut. Mais, HÉHO ! Y a quelqu'un ? C'est pas ça la vraie vie ! L'excellente et non moins déprimante revue de presse que notre Tiphaine me fait le plaisir de déposer sur ma boîte mail du bord, est jour à jour si éloquente.


Extraits :

"Selon le récent rapport que la Fondation Jean Jaurès vient de publier : Dans la tête des éco-anxieux, 74% des Français de moins de 25 ans jugent l’avenir effrayant en raison des inquiétudes grandissantes face au dérèglement climatique. Les mêmes bien-pensants auront vite fait de dire que les jeunes Africains migrants doivent avoir bien d’autres préoccupations en tête que la sauvegarde du climat. Et bien non, plusieurs études sont unanimes pour attester que les facteurs climatiques combinés à la géopolitique sont prépondérants dans les décisions des malheureux impliqués dans les vagues migratoires qui s’amplifient depuis une dizaine d’année en Méditerranée. Et le pire est à venir, selon le Giec, c’est au minimum 243 millions réfugiés climatiques qui vont déferler d'ici à 2050 sur les côtes de l'hémisphère nord."


Bon, y en a plein d’autres, mais je ne vais pas copier-coller tout ça ! Enfin ça me rappelle un gars célèbre qui avait dit "La maison brûle et on regarde ailleurs ». Ça me rappelle aussi des accords à Paris, ainsi qu'une bande d'hurluberlus du Giec qui caquettent depuis 50 ans...

Alors le collectif c'est pas facile à imaginer au vu de tout ça !

Dans la même revue de presse, on a aussi de nouvelles perspectives. De 8 milliards aujourd'hui on passerait à 4 en fin de siècle pour cause de... spermatozoïdes en grève chez l’homo-sapiens évolué du 3e millénaire à cause de tous ces jolis cocktails chimiques qu'on a inventé ! C'est l’arroseur arrosé...


Alors que faire ? Chacun sa part, comme l'a si bien dit et fait le colibri Rabhi. Ma part solitaire je l'ai faite parce que j'en ai viscéralement besoin. Et c'est elle qui me démontre l'absolu besoin des autres quoi que l’on entreprend. La mer m'a appris à appréhender l'inconnu avec optimisme. Ça ne se passe jamais comme prévu et finalement on trouve une solution.

Le chemin m’a mené jusqu’à Explore. Parce que l'énergie collective, même si le chemin est pavé d'embûches, est la seule forme d'avenir de l'espèce. Mais l'important là dedans, c'est justement le chemin.

Sur ce, je dois te laisser car, bonne nouvelle, le vent est deux fois plus fort que prévu. Et là aussi le chemin est plein de nids de poule. Il ne faudrait pas que mon spi millésime 2008 me lâche dans une vague… déjà que la cuvée 2006 m’a quitté hier au bout d'une heure de service ! La performance environnementale a ses petites contraintes !

Bizzz

Bilou

 

Épisode 3 : Allô Bilou, tu me reçois ? > CÉCILE
Quimperlé - 15 novembre 2022 -Finistère - 21h00

Salut Bilou,

Nouveau message de la Terrienne au Merrien ! Il parait que tu as réussi à réparer l'antenne et que tu captes à nouveau ? Ouf j'étais à deux doigts de t'envoyer un pigeon de mon jardin pour te porter mes petites bafouilles. Mais je les soupçonne d'être plus rapides à pieds qu'à tire-d’aile, vue la silhouette que leur dessine leur vie sédentaire. Trop de confort tue l'envol !


Mais alors que les mâts tombent , que les coques chavirent et même qu'un bateau prend feu ... nous, pauvres Terriens, on balisait sévère pour le bonhomme et son champ de lin… Car cette course prend des allures dantesques pour certains. Les rangs se sont quelque peu décimés, ramenant une nouvelle fois le marin "augmenté" grâce à sa monture high-tech, à une forme d’humilité face aux tables de la loi de la Nature et... son jeu de cartes météo qu'elle abat selon ses humeurs.


Et toi tu réapparais tout content le temps d'un selfie furtif à la sortie d'une sieste et tu nous dis que ton horizon ressemble bien à celui du paradis.

OK alors où en es-tu côté chakra ? Tu cherches et trouves le bonze qui est en toi ? Est-ce que cette édition d'une Route du Rhum que tu as déjà tracée 3 fois est un bonus ou finalement as-tu remis les compteurs à zéro ? Bref, faut que tu partages un peu ce qui s'agite dans ton bocal avant que ça déborde ! Hâte de te lire !

Bonne mer, bon vent, bisous Cécile


 

> BILOU

WE EXPLORE - 17 novembre 2022 - 01h47 - 2e au classement virtuel Rhum Multi

Coucou Céciiiiile !

Je suis vraiment qu'un mec, mono-tâche, comme les autres et je n’arrive pas à faire du bateau et écrire à la fois. Quand j’serai grand, j’serai une femme ! Ça c'est sûr. Promis ça va venir…


Plus qu'un petit front à passer cette nuit et la dorsale vient nous caresser l'échine pour délivrer le visa du vent portant, qui nous permettra au plus vite de proser bien peinard…


Mais cette nuit que j’espérais plus cool, me trouve, non pas dans mon pyjama à rayures… mais dans mon fameux Cotten haut et bas, un petit ensemble noir - ceci dit très seyant - mais un peu puant quand même ! Faut dire qu’il a pas mal servi ces temps-ci.


Ça brasse, ça tape et ça change de voiles. Bref, c'est ma vie d'avant quoi ! Que je l’aimeuhhh... !

Bien-sûr, loin de moi le besoin de prouver que le bébé en lin va bien, pour imaginer un podium. Mais j’ai surtout un horaire à respecter. Mon fils et ma femme qui m'attendent là-bas et Nico qui va débarquer pour faire le retour avec moi. Alors pas de temps à perdre !Vivement après !


Et surtout continue de me régaler par tes mails que j'ai lu en mode groupé, car bonne nouvelle, garde tes pigeons obèses, ça salit tout sur le bateau (et c'est du vécu !). Les satellites sont à priori revenus ! C'est comme les hirondelles, mais pas aux mêmes dates.


Mille bisous

Bilou

 
CARTE POSTALE DE BILOU : 16 novembre - 19h50

(Roland n'avait pas encore l'info de drame survenu en Guadeloupe provoquant le décès de 2 personnes).

Bonsoir tout le monde depuis WE EXPLORE au milieu de l'Atlantique. Le bonheur est dans le pré où le champ de lin se comporte encore bien.

On a pas fini de remonter la piste de ski. L'anticyclone des Açores se gagne. D'ici 24 heures, on devrait normalement avoir les prémices d'un vent qui va nous emmener vers la Gadeloupe. Pour l'instant on tire encore des bords. Mais c'est quand même fatiguant de faire plusieurs sports en même temps : tenir debout, manœuvrer des voiles et puis travailler au bureau pour voir dans quelle direction aller aussi.

Le spectacle est magnifique. J'ai une vue panoramique sur un soleil qui descend. Les coques de WE EXPLORE qui pénètrent la houle avec délicatesse et puis un gros barbu qui regarde tout ça !

Je vous embrasse !

 
CARTE POSTALE : 14 novembre - 18h28

Yepiiii ! Roland a pu envoyer une photo légende pour donner de ses nouvelles mais en mode furtif ! Il a quand même bonne mine le marin !

"J'ai viré ce matin pour redescendre au Sud . Je sentais pas le truc. Perdu du terrain... mais c'est pour le bien de bébé. Zénitude et bienveillure sont les mamelles de la performance New (grosse) Wave. Bonne soirée à tous".

 

INFO : 14 novembre 2022 - Bilou va bien et poursuit sa Route en dépit d'une météo peu clémente pour tous les Rhum Multi. Il a quelques problèmes de connexion pour communiquer et notamment répondre à mes derniers messages. Mais cela devrait se régler rapidement. En attendant que la Route soit avec lui !

 
ÉPISODE 2 - 11 novembre 2022 - "Quand Bilou hallucine... !"

> CÉCILE

Quimperlé - 20h00


Alors que j’étais en train d’écrire à Bilou un nouveau message en réaction à sa dernière vidéo où il partageait avec nous un magnifique lever de soleil, j’ai reçu son incroyable message où il témoigne de scènes d’hallucination dont il a été victime ces dernières heures à cause du manque de sommeil… Enfin victime, vous lirez que le sujet est plutôt consentant, à condition que cela ne s’éternise pas bien-sûr !

Un phénomène déjà éprouvé par bien des skippers lors de transat en solitaire, qui subissent et organisent la privation de leur sommeil pour rester dans la course. Des hallucinations qui peuvent jouer bien des tours aux navigateurs, leur état s'apparentant à celui de sujets sous emprise de certaines substances illicites ou sur ordonnance comme les corticoïdes.

Bilou témoigne ici des ses rêves éveillés... plutôt excentriques… et qui restent très amusants parce que de courte durée.


Alors heureusement que tu roules au lin Bilou et pas au chanvre, comme tu l’as au départ expérimenté, sinon je me serai demandée si tu n’avais pas commencé à allumer le calumet à bord ! Peut-être pour sortir ta belle-mère des filières ;-)

Mais lisez plutôt, C’est l’hallu du soir de Bilou !

 

> BILOU

WE EXPLORE - 19h38

3e au classement virtuel - Rhum-multi - Quelque part au Nord-ouest du Cap Finisterre.

 


Coucou Cécile,

Je me rends compte qu'hier soir j'étais vraiment fatigué et écrire m'a achevé, petite chose fragile que je suis !

 

Je me suis écroulé pour des sessions de 30 minutes de sieste, avec ma copine l'alarme de pompier pour donner le tempo. Un plaisir qui n'a pas les mêmes saveurs à terre… je ne sais pas pourquoi !

J'ai vu que j'étais "dans le rouge » quand pendant plusieurs siestes j'avais la sensation de ne plus être seul à bord… mais agréablement accompagné par l'équipe...

Un petit brouhaha sympa avec des bribes de conversation dans ma tête. Bref le petit symptôme des hallucinations provoqué par lemanque de sommeil.

 

C'est dur, mais ça a du bon de manquer de sommeil! Je crois que c'est prouvé scientifiquement, que privé de sommeil, le corps sécrète des hormones (ou autres !) proches chimiquement des composants de la coke (ou autres !).

Ce n'est pas uniquement un délire sado-masochiste à la sauce judéo-chrétienne. Mais c’est comme ça, on sécrète des trucs rigolos et gratos, enfin faut quand même compter le prix du bateau pour faire le voyage…

 

C'est une sensation vraiment particulière.Tous les coureurs ont des souvenirs de ce genre : une vache sur la plage avant, belle-maman dans les filières… Une fois, j'ai même refusé que l'avion desjournalistes se pose sur mon Figaro, parce qu'ils allaient tout salir !

À apprécier à dose homéopathique bien-sûr, sinon danger.

 

Et la nuit dernière c'était un petit rappel à l’ordre parfait ! Je suis parti avec des brouettées d’émotions : positives, de celles qui vous boostent ( pour vouloir faire le malin sur une ligne de départ par exemple ) et  stressantes parce que c’est une première avec mon champ de lin.

Puis il y a eu les conséquences du départ, dela pénalité, la sortie de Manche dans la flottille retrouvée en partie, la nuit fraîche mais sous une lune magnifique, puis les virements de bord près des cailloux de notre belle Bretagne...

 

Et ben tout ça vous cuit votre marin madame !

C'est ce que j'étais sans doute venu rechercher. Pas vraiment par manque, mais juste pour goûter à nouveau, par gourmandise.

Et je suis gâté. Aucune indigestion grâce à une chose : We Explore. Pas une chose d'ailleurs, bien-sûr, mais notre gros bébé en lin que j'ai le plaisir d'accompagner dans ce Rhum.

 

Mais je t'en parlerai plus au fil de nos prochains milles communs

Des bises

Bilou

 
ÉPISODE 1 - 10 novembre 2022 - "C'est parti mon kiki !"

> CÉCILE

Quimperlé - Finistère - 17h30 intra buros. Derrière ma fenêtre le soleil descend déjà. C’est l’heure dorée.


Salut Bilou !

« C’est parti mon Kiki ! » C’est avec ce cri de guerre de cour de récré que tu as accompagné ton départ de course mercredi en direct sur France 3. Une première pour eux et pour toi avec cette conversation embarquée au moment du départ de la 12e edition de la mythique Route du Rhum.


Côté spectateur, la scène était limite surréaliste ! Toi à la barre, disponible, au milieu de 137 bateaux déjà en train de se titrer la bourre, tu écoutais les échanges en plateau et tu papotais tout en manoeuvrant à 20 noeuds ton bon gros pépère, comme tu appelles affectueusement ton champ de lin WE EXPLORE. Le mec, trop content d’être là, de prendre le départ.

Autour le vent souffle fort. Ça se bouscule au portillon pour passer les bouées au large de Fréhel. Il va falloir virer de bord et toi tu passes ton message : « Le monde qui nous attend n’est pas celui d’hier ».

Les premières heures s'écoulent et la direction de course fait un point de situation.

Premières casses, premiers abandons et premières pénalités.


Après tes 4 heures de colle effectuées pour cause de passage trop hâtif de la ligne de départ, comme 16 autres de tes petits camarades, je t'écris alors que tu es en pleine remontada !

On peut dire que mon premier message hier à 17h30 est arrivé avec un certain décalage de temps, de ton et d’actualité. Mais, je n avais pas les bases !

Alors je me permets de te resservir le plat et la garniture de mes précédentes questions sous un angle un peu différent car j’ai bien l’impression que le compétiteur a pris toute la place ces dernières heures et qu’il a décidé de leur montrer qui c'est Raoul... enfin Bilou. « Tu gères » comme dirait mon ado.


Maintenant va falloir me dire ce qu’il y avait sur l’ordonnance ou dans la cambuse la veille ? 12 ans après ton dernier départ en solitaire pour une course au large, on dirait bien que le bonhomme a su mobiliser toutes ses ressources !

Alors quelles sensations as-tu retrouvées des départs de courses passées et au contraire quels sentiments nouveaux sont venus t'animer pour ce début de course inédit à bien des titres ?

Est-ce que ce départ trop rapide est de la précipitation, de l’excitation ou simplement le début incontournable de la compétition ?

Et ta monture ? Elle te plaît ta monture ?

Bref, dis-moi ce que ce premier jour en mer te raconte sur toi et sur ton rapport à la ligne de départ, au fil des ans ici et maintenant ?


Impatiente de te lire !

Bonne mer, bon vent, bisous

Cécile

 

> BILOU

WE EXPLORE - 23h20 - 2e au classement virtuel - Rhum-multi


Coucou Cécile !

Alors oui effectivement je savais que tu serai rapide mais de là à avoir la première copie le soir du départ... ! Heureusement, je n’ai découvert ce mail que 24h après !

Bref, oui c’est donc aussi parti mon kiki pour une aventure épistolaire pleine de rebondissements. Et je reste au sens propre, car si tu me voyais au bureau à l’instant... ! C’est saute-moutons à l’appartement ! La soirée est agitée et je me tiens mal sur ma chaise.

Heureusement la prof n’est pas là pour râler. Le voyage en mer, course ou pas course, a ce petit côté "décalé" très plaisant. On ne s'ennuie jamais !


Résumé des dernières heures : deux virements de bord et - très important - la séance de rangement qui va avec, une réparation de porte-fenêtre avant le gros temps (eh oui j'ai ça dans mon appartement flottant !), une réception de fichiers météo et la petite séance de stratégie qui va bien (par quelle route vais-je donc passer pour ne pas casser ma belle machine ???), une prise de tête avec les moyens de communication du bord qui s'étaient ligués contre moi… et en continu les allers-retours en terrasse pour régler les voiles et le vent qui est particulièrement variable. Je précise que mon appartement flottant est un peu instable et qu'il peut pencher au point de faire comme la tortue. Et le lin à l'envers c'est moins bien !

Bon, c’est vrai qu'en croisière en famille, on s'organise généralement différemment.

Mais je m’égare. Revenons à nos moutons, sauteurs ou pas.

J'ai donc écopé de 4 heures de pénoche (dura lex sed lex) pour avoir "volé" le départ. Quelle ironie ! Quel arroseur arrosé ! Belle démonstration de dissonance cognitive comme on dit.

Le gars était trop pressé de mettre en avant toutes les valeurs de We Explore et paf ! Départ grillé, quatre heures à griller sous la lune à Fréhel !

Mais comme d'une contrainte nait toujours une opportunité, que les dieux de la marée et du vent s'étaient sympathiquement mis un peu de mon côté, je suis revenu dans le paysage parmi mes copains.


C'est vrai que je prends encore du plaisir à jouer à ce jeu. Je ne me l’explique pas vraiment. Il représente une grande partie de ma vie, je crois que c'est tout. Mais c’est un jeu qui se joue sur le terrain de mes passions, celui de la Nature.

Sur ce, je suis obligé de te laisser. Les conditions ne sont vraiment pas terribles et il faut que je réfléchisse à tout ça.

Bonne nuit jeune terrienne !

Bilou



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